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  Brèves de sénateurs
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  Bashar

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Sujet du message: Brèves de sénateurs
Posté le: Dim 16 Oct - 02:44 (2016)
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  SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Mon cher collégue, Erwym, partons d’un postulat imaginaire :
Parlons comme si vous étiez un sorte de chancelier avec les pleins pouvoirs, et moi l’ancien chancelier. Et évoquons les moyens de museler la presse.
ERWYM SHAKAR
L’exercice est plaisant, je vais donc lancer la première charge, contre la presse, disons, mmmmhhh……
Ah oui me voici prêt :
ERWYM SHAKAR
Vous remarquez avec beaucoup de raison, dans votre ouvrage, l’Esprit des lois, que le mot de liberté est un mot auquel on attache des sens fort divers. On lit, dit-on, dans votre ouvrage, la proposition que voici :
« La liberté est le droit de faire ce que les lois permettent»
Je m’accommode très-bien de cette définition que je trouve juste, et je puis vous assurer que mes lois ne permettront que ce qu’il faudra. Vous allez voir quel en est l’esprit. Par quoi vous plaît-il que nous commencions ?

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Je ne serais pas fâché de voir d’abord comment vous vous mettrez en défense vis-à-vis de la presse.

ERWYM SHAKAR
Vous mettez le doigt, en effet, sur la partie la plus délicate de ma tâche. Le système que je conçois à cet égard est aussi vaste que multiplié dans ses applications. Heureusement, ici, j’ai mes coudées franches ; je puis tailler et trancher en pleine sécurité et presque sans soulever aucune récrimination.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Pourquoi donc, s’il vous plaît ?

ERWYM SHAKAR
Parce que, dans la plupart des mondes de la République, la presse a le talent de se rendre haïssable, parce qu’elle n’est jamais au service que de passions violentes, égoïstes, exclusives ; parce qu’elle dénigre de parti pris, parce qu’elle est vénale, parce qu’elle est injuste, parce qu’elle est sans générosité et sans patriotisme ; enfin et surtout, parce que vous ne ferez jamais comprendre à la grande masse d’un pays à quoi elle peut servir.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Oh ! si vous cherchez des griefs contre la presse, il vous sera facile d’en accumuler. Si vous demandez à quoi elle peut servir, c’est autre chose. Elle empêche tout simplement l’arbitraire dans l’exercice du pouvoir ; elle force à gouverner constitutionnellement ; elle contraint à l’honnêteté, à la pudeur, au respect d’eux-mêmes et d’autrui les dépositaires de l’autorité publique. Enfin, pour tout dire en un mot, elle donne à quiconque est opprimé le moyen de se plaindre et d’être entendu. On peut pardonner beaucoup à une institution qui, à travers tant d’abus, rend nécessairement tant de services.

ERWYM SHAKAR
Oui, je connais ce plaidoyer, mais faites-le comprendre, si vous le pouvez, au plus grand nombre ; comptez ceux qui s’intéresseront au sort de la presse, et vous verrez.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
C’est pour cela qu’il vaut mieux que vous passiez de suite aux moyens pratiques de la museler ; je crois que c’est le mot.

ERWYM SHAKAR
C’est le mot, en effet ; au surplus, ce n’est pas seulement le journalisme que j’entends refréner.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
C’est la technologie de diffusion, elle-même.

ERWYM SHAKAR
Vous commencez à user de l’ironie.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Dans un moment vous allez me l’ôter puisque sous toutes les formes vous allez enchaîner la presse.

ERWYM SHAKAR
On ne trouve point d’armes contre un enjouement dont le trait est si spirituel ; mais vous comprendrez à merveille que ce ne serait pas la peine d’échapper aux attaques du journalisme s’il fallait rester en butte à celles des Holos.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Eh bien, commençons par le journalisme.

ERWYM SHAKAR
Si je m’avisais de supprimer purement et simplement les canaux de Presse Holo, je heurterais très-imprudemment la susceptibilité publique, qu’il est toujours dangereux de braver ouvertement ; je vais procéder par une série de dispositions qui paraîtront de simples mesures de prévoyance et de police.
Je décrète qu’à l’avenir aucun journal ne pourra se fonder qu’avec l’autorisation du gouvernement ; voilà déjà le mal arrêté dans son développement ; car vous vous imaginez sans peine que les journaux qui seront autorisés à l’avenir ne pourront être que des organes dévoués au gouvernement.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Mais, puisque vous entrez dans tous ces détails, permettez : l’esprit d’un magazine change avec le personnel de sa rédaction ; comment pourrez-vous écarter une rédaction hostile à votre pouvoir ?

ERWYM SHAKAR
L’objection est bien faible, car, en fin de compte, je n’autoriserai, si je le veux, la publication d’aucune publication nouvelle ; mais j’ai d’autres plans, comme vous le verrez. Vous me demandez comment je neutraliserai une rédaction hostile ? De la façon la plus simple, en vérité ; j’ajouterai que l’autorisation du gouvernement est nécessaire à raison de tous changements opérés dans le personnel des rédacteurs en chef ou gérants du canal d’information.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Mais les anciens médias, restés ennemis de votre gouvernement et dont la rédaction n’aura pas changé, parleront.

ERWYM SHAKAR
Oh ! attendez : j’atteins tous les journaux présents ou futurs par des mesures fiscales qui enrayeront comme il convient les entreprises de publicité ; je soumettrai les feuilles politiques à ce que vous appelez aujourd’hui le timbre et le cautionnement. L’industrie de la presse sera bientôt si peu lucrative, grâce à l’élévation de ces impôts, que l’on ne s’y livrera qu’à bon escient.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Le remède est insuffisant, car les partis politiques ne regardent pas à l’argent.

ERWYM SHAKAR
Soyez tranquille, j’ai de quoi leur fermer la bouche, car voici venir les mesures répressives. Il y a des mondes, dans la République, où l’on a déféré au jury la connaissance des délits de media. Je ne connais pas de mesure plus déplorable que celle-là, car c’est agiter l’opinion à propos de la moindre billevesée de journaliste. Les délits de média ont un caractère tellement élastique, le journaliste peut déguiser ses attaques sous des formes si variées et si subtiles, qu’il n’est même pas possible de déférer aux tribunaux la connaissance de ces délits. Les tribunaux resteront toujours armés, cela va sans dire, mais l’arme répressive de tous les jours doit être aux mains de l’administration.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Il y aura donc des délits qui ne seront pas justiciables des tribunaux, ou plutôt vous frapperez donc de deux mains : de la main de la justice et de celle de l’administration ?

ERWYM SHAKAR
Le grand mal ! Voilà bien de la sollicitude pour quelques mauvais et méchants journalistes qui font état de tout attaquer, de tout dénigrer ; qui se comportent avec les gouvernements comme ces bandits que les voyageurs rencontrent l’escopette au poing sur leur route. Ils se mettent constamment hors la loi ; quand bien même on les y mettrait un peu !

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
C’est donc sur eux seuls que vont tomber vos rigueurs ?

ERWYM SHAKAR
Je ne puis pas m’engager à cela, car ces gens-là sont comme les têtes de l’hydre de Lerne ; quand on en coupe dix, il en repousse cinquante. C’est principalement aux magazines, en tant qu’entreprises de publicité, que je m’en prendrais. Je leur tiendrais simplement le langage que voici : J’ai pu vous supprimer tous, je ne l’ai pas fait ; je le puis encore, je vous laisse vivre, mais il va de soi que c’est à une condition, c’est que vous ne viendrez pas embarrasser ma marche et déconsidérer mon pouvoir. Je ne veux pas avoir tous les jours à vous faire des procès, ni avoir sans cesse à commenter la loi pour réprimer vos infractions ; je ne puis pas davantage avoir une armée de censeurs chargés d’examiner la veille ce que vous éditerez le lendemain. Vous avez des plumes, écrivez ; mais retenez bien ceci ; je me réserve, pour moi-même et pour mes agents, le droit de juger quand je serai attaqué. Point de subtilités. Quand vous m’attaquerez, je le sentirai bien et vous le sentirez bien vous-mêmes ; dans ce cas-là, je me ferai justice de mes propres mains, non pas de suite, car je veux y mettre des ménagements ; je vous avertirai une fois, deux fois ; à la troisième fois je vous supprimerai.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Je vois avec étonnement que ce n’est pas précisément le journaliste qui est frappé dans ce système, c’est le magazine, dont la ruine entraîne celle des intérêts qui se sont groupés autour de lui.

ERWYM SHAKAR
Qu’ils aillent se grouper ailleurs ; on ne fait pas de commerce sur ces choses-là. Mon administration frapperait donc, ainsi que je viens de vous le dire, sans préjudice bien entendu des condamnations prononcées par les tribunaux. Deux condamnations dans l’année entraîneraient de plein droit la suppression du magazine. Je ne m’en tiendrais pas là, je dirais encore aux médias, dans un décret ou dans une loi s’entend : Réduits à la plus étroite circonspection en ce qui vous concerne, n’espérez pas agiter l’opinion par des commentaires sur les débats du sénat ; je vous en défends le compte rendu, je vous défends même le compte rendu des débats judiciaires en matière de presse. Ne comptez pas davantage impressionner l’esprit public par de prétendues nouvelles venues du dehors ; je punirais les fausses nouvelles de peines corporelles, qu’elles soient publiées de bonne ou de mauvaise foi.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Cela me paraît un peu dur, car enfin les médias ne pouvant plus, sans les plus grands périls, se livrer à des appréciations politiques, ne vivront plus guère que par des nouvelles. Or, quand un magazine publie une nouvelle, il me paraît bien difficile de lui en imposer la véracité, car, le plus souvent, il n’en pourra répondre d’une manière certaine, et quand il sera moralement sûr de la vérité, la preuve matérielle lui manquera.

ERWYM SHAKAR
On y regardera à deux fois avant de troubler l’opinion, c’est ce qu’il faut.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Mais je vois autre chose. Si l’on ne peut plus vous combattre par les magazines du dedans, on vous combattra par les jmagazines du dehors. Tous les mécontentements, toutes les haines écriront aux portes de la république ; l’Empire diffusera des reportages et des écrits enflammés.

ERWYM SHAKAR
Oh ! vous touchez ici à un point que je compte réglementer de la manière la plus rigoureuse, parce que les médias du dehors sont en effet très-dangereux. D’abord toute introduction ou circulation dans le Royaume, de magazines ou d’écrits non autorisés, sera punie d’un emprisonnement, et la peine sera suffisamment sévère pour en ôter l’envie. Ensuite ceux de mes sujets convaincus d’avoir écrit, à l’étranger, contre le gouvernement, seront, à leur retour dans le royaume, recherchés et punis. C’est une indignité véritable que d’écrire, depuis l’empire, contre son gouvernement.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Cela dépend. Mais la presse étrangère des territoires neutres parlera.

ERWYM SHAKAR
Vous croyez ? Nous supposons que je dirige comme chancelier,l’empire. Les petits systémes qui borderont ma frontière seront bien tremblants, je vous le jure. Je leur ferai rendre des lois qui poursuivront leurs propres nationaux, en cas d’attaque contre mon gouvernement, par la voie de la presse ou autrement.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Je vois que j’ai eu raison de dire, dans l’Esprit des lois, que les frontières d’un despote devaient être ravagées. Il faut que la civilisation n’y pénètre pas. Vos sujets, j’en suis sûr, ne connaîtront pas leur histoire. Selon le mot de Beodruck Karneugam, vous ferez de la République une île où l’on ignorera ce qui se passe dans la galaxie, et Coruscant une autre île où l’on ignorera ce qui se passe dans les mondes éloignés.

ERWYM SHAKAR
Je ne veux pas que la république puisse être agité par les bruits venus du dehors. Comment les nouvelles extérieures arrivent-elles ? Par un petit nombre d’agences de presse qui centralisent les renseignements qui leur sont transmis de tout l’univers connu. Eh bien, on doit pouvoir soudoyer ces agences, et dès lors elles ne donneront de nouvelles que sous le contrôle du gouvernement.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Voilà qui est bien ; vous pouvez passer maintenant à la police des éditeurs.

ERWYM SHAKAR
Ceci me préoccupe moins, car dans un temps où le journalisme a pris une si prodigieuse extension, on ne lit presque plus de livres. Je n’entends nullement toutefois leur laisser la porte ouverte. En premier lieu, j’obligerai ceux qui voudront exercer la profession d’éditeur ou de chaine info à se munir d’un brevet, c’est-à-dire d’une autorisation que le gouvernement pourra toujours leur retirer, soit directement, soit par des décisions de justice.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Mais alors, ces industriels seront des espèces de fonctionnaires publics. Les instruments de la pensée deviendront les instruments du pouvoir !

ERWYM SHAKAR
Vous ne vous en plaindrez pas, j’imagine, car les choses étaient ainsi avant Zakel ; il faut conserver les anciens usages quand ils sont bons. Je retournerai aux mesures fiscales ; j’étendrai aux publications le timbre qui frappe les journaux, ou plutôt j’imposerai le poids du timbre aux publications qui n’auront pas un certain format. Un holo, par exemple, qui n’aura pas telle format, ne sera pas un Holo, ce ne sera qu’une brochure. Je crois que vous saisissez parfaitement l’avantage de cette combinaison ; d’un côté je raréfie par l’impôt cette nuée de petits écrits qui sont comme des annexes du journalisme ; de l’autre, je force ceux qui veulent échapper au timbre à se jeter dans des compositions longues et dispendieuses qui ne se vendront presque pas ou se liront à peine sous cette forme. Il n’y a plus guère que les pauvres diables, aujourd’hui, qui ont la conscience de faire des holos ; ils y renonceront. Le fisc découragera la vanité des médias et la loi pénale désarmera l’industrie Holo, elle-même, car je rends l’éditeur et le média de diffusion responsables, criminellement, de ce que les holos renferment. Il faut que, s’il est des réalisateurs assez osés pour créer des ouvrages contre la république, ils ne puissent trouver personne pour les diffuser. Les effets de cette intimidation salutaire rétabliront indirectement une censure que le sénat ne pourrait exercer lui-même, à cause du discrédit dans lequel cette mesure préventive est tombée. Avant de donner le jour à de nouvelles créations, les médias, les éditeurs consulteront, ils viendront s’informer, ils produiront des reportages dont on leur demande la diffusion, et de cette manière le sénat sera toujours informé utilement des diffusions qui se préparent contre lui ; il en fera opérer la saisie préalable quand il le jugera à propos et en déférera les auteurs aux tribunaux.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Vous m’aviez dit que vous ne toucheriez pas aux droits civils. Vous ne paraissez pas vous douter que c’est la liberté de l’industrie que vous venez de frapper par cette législation ; le droit de propriété s’y trouve lui-même engagé, il y passera à son tour.

ERWYM SHAKAR
Ce sont des mots.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Alors vous en avez, je pense, fini avec la presse.

ERWYM SHAKAR
Oh ! que non pas.

SENATEUR OGLOBA, DE RILA III
Que reste-t-il donc ?

ERWYM SHAKAR
L’autre moitié de la tâche.


Darth Bash'Ar, Vrakk Ordo
 

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Sujet du message: Publicité
Posté le: Dim 16 Oct - 02:44 (2016)

 
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Sujet du message: Brèves de sénateurs
Posté le: Dim 16 Oct - 02:48 (2016)
Répondre en citant

  je remercie Machiavel et Montesquieu pour m'avoir permi de publier çà.


Darth Bash'Ar, Vrakk Ordo
 

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Sujet du message: Brèves de sénateurs
Posté le: Dim 16 Oct - 18:59 (2016)
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  (Très beau(x) texte(s) !)


Psappha Greymoon-Laene
 

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Sujet du message: Brèves de sénateurs
Posté le: Dim 16 Oct - 19:18 (2016)
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  (Alors je te conseille de lire "dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu")


Darth Bash'Ar, Vrakk Ordo
 

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Sujet du message: Brèves de sénateurs
Posté le: Dim 16 Oct - 19:49 (2016)
Répondre en citant

  (Merci pour le conseil ;o)


Psappha Greymoon-Laene
 

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Sujet du message: Brèves de sénateurs
Posté le: Aujourd’hui à 09:17 (2017)

 

 

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